Question étrange, sans doute. Un peu vague, aussi, probablement. Elle soulève en tout cas des débats fondamentaux et il serait évidemment impossible d’y répondre exhaustivement en un article. Le but est plutôt d’ébaucher les différentes pistes de réflexion qui peuvent émerger de cette première question : au fond, pourquoi être musulman ?

Certains athées disent que les « croyants » (terme qu’il conviendrait de définir) sont aussi athées ! Dans le sens où « les croyants sont athées de toutes les divinités existantes… à l’exception de celle(s) à laquelle ils croient ». Au delà du caractère un peu polémique et provocant de cette affirmation, on peut tout de même en retirer un élément intéressant : être musulman, c’est aussi avoir fait le choix de ne pas être juif, chrétien, hindouiste, animiste, athée, shintoïste, etc.

Il y a donc quelques questions sous-jacentes à la première : pourquoi être musulman plutôt qu’autre chose ? Et que signifie choisir d’être musulman ? Après tout, la plupart des juifs sont issus de familles juives ; même chose pour les protestants, les mormons, les boudhistes et pour l’essentiel de toutes les religions qui essaiment le monde. Est-ce le cas pour les musulmans ? Pourquoi ne le serait-ce pas, d’ailleurs ?

A ce stade de la réflexion, on peut avancer quelques éléments qui serviront, in sha Allah, de fil conducteur pour la suite de ce blog.

1° Celui qui prétend être musulman, ou chrétien, ou peu importe la religion, sans avoir médité sur les choix qui sont les siens, sans avoir déterminé les critères qui lui permettent d’être convaincu du bien fondé de sa voie, celui-là peut-il vraiment être catégorisé comme croyant à part entière ? En définitive, suivre la tradition clanique, familiale, tribale, n’a jamais été un argument sérieux pour établir une vérité. C’est un argument « social » et « culturel », de cohésion de groupe, mais rien de plus :

Lorsqu’on leur dit : « Conformez-vous à ce que Dieu a révélé et à l’avis des Prophètes ! », ils rétorquent : « L’exemple de nos ancêtres nous suffit ! ». Mais, quoi ! Et si leurs ancêtres étaient totalement ignorants et vivaient eux-même déjà en plein égarement ? » (S5.V104)

Il peut dès lors être intéressant de se pencher sur ce qui anime les humains vivant en société vers des instincts de groupe, de cohésion, et en quoi cela peut se faire au détriment de la vérité et du bon sens : sujet que nous avons traité ici.

2° On l’a vu, choisir une voie parmi plusieurs, si elles sont mutuellement exclusives, revient donc à toutes les rejeter sauf une. Or, selon toute vraisemblance, il y a des milliers de voie possibles, recensées dans toutes les époques et toutes les régions du monde. Exclure autant de choix possibles de manière éclairée suppose un esprit critique et une dose de scepticisme.

En effet, si nous essayons de choisir une voie, si nous tentons de nous cramponner à la vérité, cela implique que, dès qu’une voie nous est proposée, nous tentons de la passer au crible de critères pointus. Puisque des milliers de choix sont possibles, il faut être rigoureux dans ce qui nous permettra de faire le tri. Et c’est peut-être là une recette essentielle : avant de choisir, il convient d’abord d’éliminer ce qui est certainement faux :

Et pour raffermir Abraham dans sa croyance, Nous entendîmes devant lui le Royaume des Cieux et de la Terre. C’est ainsi que, voyant briller un astre à la tombée de la nuit, il s’empressa de dire : « Je n’aime pas ceux qui disparaissent ». Puis, voyant poindre la Lune, il s’écria : « C’est cela mon Dieu! ». Mais quand la Lune disparut à son tour, il déclara : « Si mon Seigneur ne m’indique pas la voie à suivre, je serai du nombre des égarés ». Puis vint à se lever le Soleil, alors Abraham s’écria : « Voilà mon Dieu ! Voilà le plus grand ! ». Mais lorsque le Soleil eut disparu à son tour, Abraham s’écria : « Ô mon peuple ! Je désavoue tout ce que vous associez à Dieu. » (S6.V75-78)

Il peut être dès lors instructif de se pencher sur ce qu’est l’esprit critique, le scepticisme, qui sont des moteurs efficaces pour éviter de tomber dans les premières rumeurs, de se laisser guider par des apparences et des artifices. Ce qui passe notamment par une réflexion sur notre manière de penser, de raisonner, nos biais : nous en discutons ici.

3° Réussir à écarter ce qui, à coup sûr, apparaît faux, rend certainement plus aisé de s’approcher la vérité, ce qui est l’ultime aboutissement d’une réflexion sur le sens de notre existence. Mais embrasser une voie qui nous apparaît comme vraie suppose d’avoir des arguments sérieux. Autrement dit : on ne peut se permettre d’avoir des convictions sans présenter des preuves solides :

Les gens des Ecritures disent : « Seuls les juifs et les chrétiens entreront au Paradis », exprimant ainsi leurs propres désirs. Réponds-leur : « Apportez-en la preuve, si vous êtes véridiques ! » (S2.V111)

Il peut être dès lors utile de se pencher sur la manière d’asseoir nos convictions sur des preuves ou, plutôt, de reconnaître les preuves où elles sont afin de ne s’asseoir nos convictions que sur des éléments solides : autant d’éléments évoqués ici.

Conclusion : la question « pourquoi être musulman » est moins naïve qu’il n’y paraît. Elle nous pousse à nous interroger sur nos loyautés familiales, culturelles et sociales et voir si celles-ci ne nous embrument pas la vision. Elle nous encourage à réfléchir sur ce qui nous amène à refuser tant de voies, de religions et de philosophies sur le « marché spirituel ». Elle nous amène enfin à considérer ou reconsidérer les preuves sur lesquelles on s’appuie lorsqu’on avance cette formule lourde de sens : « Je suis musulman ».

C’est dans l’objectif de réfléchir à ces questions, et de vous proposer mes humbles réflexions, que je lance ce blog. Qu’Allah nous permettre de distinguer le vrai du faux, qu’Il nous permette de rejeter le mensonge, et de nous cramponner à la vérité.